Il y a des voitures qui vous parlent dès que vous posez les mains sur le volant. La Mercedes SL R107 est de celles-là. Produite de 1971 à 1989, elle incarne une époque où l’automobile se voulait à la fois grand tourisme et œuvre d’art.
Première Impression
Le propriétaire, notre membre Robert Castel, m’a tendu les clés avec la nonchalance de quelqu’un qui confie un vêtement à la teinturerie. « Vas-y, elle ne mord pas. » Il mentait, un peu.
Installé dans le fauteuil en cuir brun tabac, légèrement affaissé par quarante ans de bons offices, j’ai pris le temps de regarder le tableau de bord. Tout y est d’une lisibilité parfaite. Les Allemands de l’époque ne plaisantaient pas avec l’ergonomie.
Sur la Route
La D974 entre Beaune et Meursault est un terrain idéal pour ce genre d’exercice. Peu de trafic, une surface correcte, et de l’espace pour apprécier les réactions de la voiture.
Le six cylindres 2.8 litres ne développe que 185 chevaux, mais il les exprime avec une douceur caractéristique des mécaniques Mercedes de cette génération. Pas de brutalité, pas de précipitation — une progression linéaire et souveraine.
Ce moteur ne rugit pas. Il raisonne.
La direction assistée surprend par sa précision. On s’attendrait à quelque chose de plus flou, de plus approximatif. Mais non : la voiture va exactement là où vous la mettez, avec une fidélité rassurante.
Le Bilan
La SL R107 n’est pas parfaite. La tenue de route accuse son âge sur les grandes sollicitations. Les freins demandent de l’anticipation. Et la capote, manuelle, constitue une petite épreuve physique.
Mais elle a quelque chose que les voitures modernes ont en grande partie perdu : le sens de l’occasion. Rouler en R107, c’est savoir que le moment présent mérite d’être savouré.
Merci à Robert pour cette parenthèse. Et pour le verre de Meursault qui a suivi.